L’époque d’Adobe Flash Player a révolutionné l’industrie du jeu vidéo en ligne de manière spectaculaire. Cette technologie a permis à des millions de joueurs de découvrir des expériences ludiques instantanées, sans téléchargement ni installation complexe. De 2000 à 2020, les jeux Flash ont créé un écosystème créatif unique où développeurs indépendants et amateurs pouvaient expérimenter librement avec des concepts novateurs. Ces productions ont influencé durablement l’industrie moderne, donnant naissance à des genres entiers et formant toute une génération de créateurs. Aujourd’hui encore, l’héritage de ces titres cultes continue d’inspirer les développeurs de jeux indépendants et mobiles.

L’évolution technologique d’adobe flash player et son impact sur le gaming browser

Adobe Flash Player a émergé comme une révolution technologique majeure au début des années 2000. Cette plateforme multimédia permettait aux développeurs de créer des contenus interactifs riches directement dans les navigateurs web. Le langage ActionScript, cœur de Flash, offrait des possibilités de programmation sophistiquées tout en conservant une approche accessible aux créateurs novices. Cette démocratisation du développement de jeux a engendré une explosion créative sans précédent dans l’histoire du divertissement numérique.

L’impact de Flash sur l’industrie du jeu vidéo dépasse largement le simple divertissement en ligne. Cette technologie a introduit le concept de développement rapide et d’itération continue, permettant aux créateurs de tester instantanément leurs idées auprès d’une audience mondiale. Les sites comme Newgrounds, Kongregate et Armorgames sont devenus des laboratoires d’innovation où naissaient quotidiennement de nouveaux concepts ludiques. Ces plateformes ont façonné les bases de ce qui deviendrait plus tard l’écosystème moderne des jeux indépendants.

La facilité de distribution des jeux Flash a également transformé la relation entre créateurs et joueurs. Les développeurs pouvaient publier instantanément leurs créations et recevoir des retours immédiats de la communauté. Cette proximité a favorisé l’émergence de nouvelles mécaniques de jeu et de styles artistiques uniques. L’influence de Flash se ressent aujourd’hui dans la structure même des plateformes de distribution numériques comme Steam ou itch.io, qui ont adopté des approches similaires pour promouvoir la création indépendante.

L’ère Flash a démocratisé la création vidéoludique en supprimant les barrières techniques et financières traditionnelles, permettant à quiconque avec une idée créative de toucher une audience mondiale instantanément.

Les jeux d’aventure et RPG flash iconiques : fancy pants adventure et epic battle fantasy

Les jeux d’aventure et de rôle ont trouvé dans Flash un terrain d’expression particulièrement fertile. Ces genres, traditionnellement coûteux à développer sur console, ont pu s’épanouir grâce à la flexibilité offerte par la plateforme. Les créateurs ont exploré des narratives complexes et des systèmes de progression sophistiqués, rivalisant parfois avec les productions commerciales de l’époque.

Fancy pants adventure : révolution de l’animation vectorielle fluide

Fancy Pants Adventure représente l’apogée de l’animation vectorielle dans l’univers Flash. Créé par Brad Borne, ce jeu de plateforme se distingue par son style visuel unique, inspiré des dessins animés classiques. L’utilisation magistrale des courbes vectorielles permet une animation d’une fluidité remarquable, où chaque mouvement du personnage principal semble

répondre avec une précision incroyable. Les sauts, glissades et changements de direction profitent pleinement du système de physique simplifié mais réactif de Flash, donnant une sensation de contrôle rarement atteinte à l’époque sur navigateur. Chaque niveau est pensé comme un terrain de jeu où le joueur peut expérimenter la vitesse, les rebonds sur les murs et les enchaînements acrobatiques, préfigurant ce que l’on retrouvera plus tard dans des jeux comme Super Meat Boy ou les platformers indés modernes.

Au-delà de son animation fluide, Fancy Pants Adventure a montré comment un jeu Flash gratuit pouvait proposer une identité artistique forte. Le trait « dessiné à la main », les couleurs simples et les effets de mouvement donnent une impression de croquis vivant, presque comme si vous jouiez dans un carnet de dessin animé. Cette direction artistique minimaliste permettait de contourner les limites techniques du plugin, tout en assurant des temps de chargement rapides, essentiels pour le gaming sur navigateur. En combinant légèreté technique et personnalité visuelle, le jeu a posé les bases de ce que l’on appelle aujourd’hui la « signature d’auteur » dans les jeux indépendants.

Fancy Pants Adventure a aussi popularisé une approche du level design axée sur la fluidité du parcours. Plutôt que de piéger le joueur à chaque écran, les niveaux encouragent le mouvement continu, la prise de vitesse et l’exploration verticale. On y trouve déjà des éléments que l’on associe aux platformers modernes : raccourcis cachés, pièces à collectionner, défis de temps. Ce mélange de simplicité d’accès et de profondeur de maîtrise a contribué à faire de ce titre un classique, souvent cité par les développeurs comme une inspiration majeure pour les jeux de plateforme 2D rapides et nerveux.

Epic battle fantasy : système de combat au tour par tour sophistiqué

Epic Battle Fantasy, imaginé par Matt Roszak, a prouvé qu’un RPG Flash pouvait rivaliser en complexité avec certains jeux commerciaux. Derrière ses graphismes chibi et son humour omniprésent, on trouve un système de combat au tour par tour étonnamment sophistiqué. Chaque personnage dispose d’un arbre de compétences, de statistiques à optimiser et d’équipements à gérer, invitant le joueur à réfléchir en profondeur à la composition de son équipe. Pour un jeu accessible directement dans le navigateur, ce niveau de richesse était une véritable prouesse technique.

Techniquement, Epic Battle Fantasy tire parti d’ActionScript pour gérer une multitude de variables en temps réel : états (poison, brûlure, paralysie), buffs et debuffs, résistances élémentaires, gestion de la mana et des points de vie. Ce système, proche de ce que l’on retrouve dans des JRPG sur console, montre à quel point les jeux PC Flash ont repoussé les limites de ce que l’on pensait possible dans un simple onglet de navigateur. L’interface, claire et réactive, masque une logique de calcul complexe, un peu comme un tableur sophistiqué déguisé en jeu d’animation.

Sur le plan du game design, Epic Battle Fantasy a également popularisé une progression basée sur l’optimisation et le « theorycrafting ». Les joueurs étaient encouragés à tester différentes combinaisons d’équipement et de compétences pour venir à bout de boss exigeants. Certaines rencontres demandaient de véritables stratégies, obligeant à exploiter les faiblesses élémentaires et à planifier plusieurs tours à l’avance. Vous souvenez-vous de ces combats où un simple mauvais choix de sort pouvait faire basculer l’issue du duel ? Cette exigence a contribué à fidéliser une communauté de passionnés, qui échangeaient astuces et builds sur les forums dédiés.

Sonny et sonny 2 : narration interactive et progression de personnage

Les séries Sonny et Sonny 2 ont démontré que les jeux Flash narratifs pouvaient offrir une profondeur scénaristique digne de certains RPG solo. Le joueur y incarne un zombie doté de conscience, plongé dans un univers sombre où chaque combat est intimement lié à la progression de l’histoire. Là où beaucoup de jeux Flash se contentaient de prétextes scénaristiques, Sonny mise sur une écriture soignée, des dialogues travaillés et une atmosphère pesante, renforcée par une bande-son minimaliste mais efficace.

Un des aspects les plus novateurs de Sonny réside dans sa gestion de la progression du personnage. Le joueur distribue des points de compétences et choisit des talents dans des arbres spécialisés, définissant un véritable « build » comme dans un MMO. Les combats au tour par tour, combinant compétences actives, passives et gestion du temps de recharge, exigent une planification stratégique proche de celle des RPG tactiques sur PC. On y retrouve déjà l’idée de « respec », de tests de builds et d’optimisation, qui deviendra centrale dans de nombreux jeux free-to-play ultérieurs.

Sur le plan narratif, Sonny a aussi expérimenté avec la narration interactive. Les dialogues, les journaux et les choix de progression offrent une impression d’implication personnelle dans l’histoire, même si la structure reste globalement linéaire. Ce sentiment de suivre une campagne scénarisée, chapitre après chapitre, a contribué à faire des jeux Flash autre chose que de simples expériences « arcade ». Ils sont devenus, pour beaucoup de joueurs, un premier contact avec des RPG complexes et scénarisés, sans passer par l’installation de jeux lourds ou coûteux.

Adventure quest : persistance des données et modèle freemium innovant

Adventure Quest, développé par Artix Entertainment, est l’un des premiers RPG Flash en ligne persistants à avoir rencontré un succès massif. Contrairement à la majorité des jeux Flash, pensés pour des sessions courtes et déconnectées, Adventure Quest propose un personnage persistant, stocké côté serveur. Le joueur crée un compte, sauvegarde son avatar, et peut revenir jour après jour pour continuer sa progression. Pour l’époque, cette intégration entre client Flash et base de données en ligne était particulièrement ambitieuse.

Sur le plan économique, Adventure Quest a été pionnier dans le modèle freemium appliqué aux jeux de navigateur. Le jeu était accessible gratuitement, mais proposait un statut « Guardian » payant, donnant accès à des zones, des quêtes et des équipements exclusifs. Cette approche a inspiré de nombreux jeux free-to-play modernes, qui combinent accès gratuit et monétisation via des avantages cosmétiques ou de confort. Pour beaucoup d’adolescents des années 2000, Adventure Quest a été leur premier contact avec un RPG en ligne sans abonnement, préfigurant le modèle économique des jeux mobiles actuels.

Techniquement, le jeu exploitait Flash comme client léger, tandis que la logique de persistance, d’événements saisonniers et de mise à jour du contenu reposait sur une infrastructure serveur robuste pour l’époque. Ce découplage client-serveur est aujourd’hui la norme dans le jeu en ligne, mais il était encore expérimental au début des années 2000. En montrant qu’un univers persistant pouvait vivre dans un simple onglet de navigateur, Adventure Quest a ouvert la voie aux MMORPG par navigateur et à toute une génération de jeux sociaux connectés.

Les tower defense légendaires qui ont défini le genre sur navigateur

Parmi les jeux PC Flash les plus emblématiques, les tower defense occupent une place à part. Leur principe, à la fois simple et terriblement addictif, se prête parfaitement à des sessions de jeu courtes sur navigateur : poser des tours, arrêter des vagues d’ennemis, optimiser ses ressources. Grâce à Flash, ce genre a pu exploser et se décliner en d’innombrables variantes, au point d’influencer durablement le game design sur mobile et PC. Plusieurs titres sortent du lot par leur innovation technique et leur impact culturel.

Le succès des tower defense sur Flash s’explique en grande partie par leur boucle de gameplay claire et répétitive, idéale pour le jeu « en douce » au travail ou à l’école. Quelques clics suffisent pour comprendre les bases, mais maîtriser les niveaux avancés demande une réflexion stratégique poussée. Vous vous souvenez de ces parties où vous relanciez le même niveau encore et encore pour trouver la configuration parfaite de tours ? Ce mélange de simplicité d’accès et de profondeur d’optimisation est devenu un standard du genre, que l’on retrouve aujourd’hui sur de nombreuses plateformes.

Bloons tower defense : algorithmes de pathfinding et upgrades exponentiels

Bloons Tower Defense (puis Bloons TD) est sans doute la série de tower defense Flash la plus connue au monde. À partir d’une idée minimaliste – des singes qui éclatent des ballons – le studio Ninja Kiwi a construit un système d’une richesse impressionnante. Sous ses airs enfantins, Bloons TD exploite des algorithmes de pathfinding efficaces pour gérer le déplacement des ballons sur des tracés parfois complexes, avec des intersections, des raccourcis et des chemins alternatifs. Malgré la puissance limitée des machines de l’époque, le jeu parvient à afficher des centaines d’objets en mouvement sans s’effondrer.

Le cœur de l’addiction à Bloons TD repose sur son système d’upgrades exponentiels. Chaque tour peut être améliorée selon plusieurs branches, offrant des synergies spectaculaires : portée augmentée, multiplicateurs de projectiles, effets élémentaires, attaques de zone. Cette progression exponentielle donne au joueur une sensation de puissance croissante, presque démesurée, tout en maintenant un niveau de défi élevé grâce à l’augmentation continue de la difficulté. C’est un peu comme une course entre votre capacité à optimiser vos tours et la courbe de puissance des vagues ennemies.

Bloons TD illustre aussi la manière dont les meilleurs jeux Flash ont su évoluer au-delà du navigateur. Fort de son succès, le concept a été porté sur mobile, puis sur PC via des versions premium, tout en abandonnant progressivement la technologie Flash pour des moteurs plus modernes. Ce parcours, du petit jeu de navigateur au titre commercial complet, est typique de l’héritage Flash dans l’industrie du jeu vidéo contemporaine.

Desktop tower defense : mécaniques de maze-building et optimisation stratégique

Desktop Tower Defense a marqué les esprits en introduisant une mécanique clé : le maze-building. Contrairement aux tower defense classiques où le chemin des ennemis est fixé, ce jeu laisse au joueur la liberté de placer ses tours sur une grille de manière à façonner le trajet des vagues. Cette simple idée transforme l’expérience en un véritable puzzle stratégique, où chaque placement affecte la durée du parcours, la concentration des tirs et l’efficacité globale de la défense.

D’un point de vue technique, permettre aux joueurs de construire leurs propres labyrinthes pose des défis spécifiques de pathfinding. Le jeu doit recalculer en permanence le chemin optimal pour les ennemis sans provoquer de blocage complet (ce qui serait trop facile pour le joueur). Desktop Tower Defense utilise ainsi des algorithmes de recherche de chemin comme A* ou Dijkstra, optimisés pour fonctionner en temps réel dans le cadre limité de Flash. C’est un peu comme faire tenir une mini-intelligence artificielle dans un cadre technique très restreint.

Cette liberté de construction a encouragé l’émergence d’une communauté de passionnés, partageant en ligne leurs designs de labyrinthes les plus efficaces. Pour beaucoup, Desktop Tower Defense a été une initiation aux concepts d’optimisation, de « build orders » et de théorie des systèmes, bien avant que ces termes ne deviennent monnaie courante dans le vocabulaire des joueurs de stratégie. En montrant qu’un jeu Flash pouvait proposer une profondeur quasi-mathématique, il a contribué à légitimer le navigateur comme plateforme de jeu à part entière.

Kingdom rush : intégration d’éléments RPG et boss patterns complexes

Kingdom Rush, développé par Ironhide Game Studio, a élevé le tower defense Flash à un niveau quasi AAA sur navigateur. Au-delà de ses graphismes cartoon détaillés et de son interface soignée, le jeu se distingue par l’intégration d’éléments RPG : héros contrôlables, compétences à débloquer, améliorations globales entre les niveaux. Chaque tour appartient à une classe (archers, mages, artillerie, casernes) et peut évoluer selon des spécialisations distinctes, offrant des choix tactiques variés.

L’un des aspects les plus marquants de Kingdom Rush réside dans la conception de ses boss et de leurs « patterns » complexes. Contrairement à beaucoup de tower defense où les boss ne sont que des sacs à points de vie, ceux de Kingdom Rush disposent de capacités spéciales, convoquent des sbires, se téléportent ou altèrent le terrain. Le joueur doit adapter sa stratégie en temps réel, repositionner ses héros, et parfois accepter de vendre ou de reconstruire des tours pour faire face aux nouvelles menaces. Cette approche rapproche le jeu des combats de boss que l’on trouve dans les action-RPG.

Kingdom Rush a aussi mis en avant une courbe de difficulté très bien calibrée, avec des modes héroïque et iron offrant des défis supplémentaires pour les joueurs les plus expérimentés. Ce souci de rejouabilité, combiné à une narration légère mais présente, a contribué à sa transition réussie vers le mobile et le PC, où il continue d’être considéré comme une référence du genre. Là encore, le parcours du jeu illustre la manière dont les jeux PC Flash ont servi de tremplin à des licences internationales.

Gemcraft : système de crafting de gemmes et meta-progression

Gemcraft a apporté une touche presque « alchimique » au tower defense sur navigateur, en introduisant un système de crafting de gemmes particulièrement profond. Plutôt que de placer des tours classiques, le joueur fusionne des gemmes de différentes couleurs et niveaux pour créer des projectiles aux effets uniques : dégâts de zone, ralentissement, dégâts critiques, empoisonnement, etc. Chaque fusion modifie les statistiques et les capacités des gemmes, donnant une dimension expérimentale proche d’un jeu de cartes ou d’un système d’enchantement.

Ce mécanisme de composition fait de Gemcraft un jeu où la stratégie se joue autant dans la préparation que dans l’action. Faut-il privilégier peu de gemmes très puissantes, ou au contraire multiplier les tours moyennes pour couvrir toute la carte ? Comment répartir les ressources entre amélioration de gemmes, construction de nouvelles tours et activation de compétences globales ? Ces questions, que le joueur se pose à chaque niveau, illustrent la complexité émergente que Flash pouvait supporter malgré ses limites.

Gemcraft se distingue aussi par sa meta-progression étendue. Les niveaux terminés débloquent des compétences permanentes, des modes de difficulté et des défis secondaires, encourageant le joueur à revisiter les cartes avec de nouvelles stratégies. Cette approche, que l’on retrouve aujourd’hui dans de nombreux roguelites et jeux de progression à long terme, était encore rare dans le paysage des jeux de navigateur. En liant étroitement gameplay répétitif et amélioration globale, Gemcraft a contribué à forger l’ADN de nombreux jeux modernes basés sur la progression infinie.

Les plateformers flash cultes : super meat boy et N – the way of the ninja

Si les jeux Flash de plateforme ont autant marqué les esprits, c’est parce qu’ils ont su transformer la contrainte technique en force de design. En misant sur des contrôles ultra précis, des niveaux courts et une difficulté exigeante, ils ont posé les bases de ce que l’on appelle aujourd’hui les « hard platformers » ou « masocore games ». Deux titres en particulier, nés ou popularisés grâce à Flash, ont façonné ce sous-genre : Super Meat Boy et N – The Way of the Ninja.

Super Meat Boy, dans sa version prototype Flash (Meat Boy), a d’abord été pensé comme un jeu de navigateur ultra nerveux. Chaque niveau se termine en quelques secondes, mais en exigeant une maîtrise parfaite des sauts, des glissades et de l’inertie du personnage. Le respawn instantané, rendu possible par la légèreté du moteur Flash, évite toute frustration inutile et encourage l’apprentissage par l’échec. C’est un peu comme si chaque mort était une micro-lecture vidéo de vos erreurs, vous poussant à recommencer sans jamais quitter l’action.

Sur le plan du game feel, Super Meat Boy a montré comment les meilleurs jeux PC Flash pouvaient rivaliser avec les titres console en termes de sensation de contrôle. Le personnage répond au pixel près, et la physique, bien que simple, est parfaitement cohérente. Cette exigence a inspiré de nombreux développeurs indépendants, qui ont compris que la qualité du contrôle du personnage pouvait faire toute la différence, même avec des graphismes minimalistes. La transition de Meat Boy vers une version commerciale console et PC a d’ailleurs été l’un des exemples les plus emblématiques de réussite issue de la scène Flash.

N – The Way of the Ninja, quant à lui, a poussé à l’extrême la dimension d’inertie et de physique réaliste dans un environnement minimaliste. Le joueur y contrôle un ninja extrêmement fragile, capable de sauts longs et de glissades murales, mais vulnérable au moindre piège. Le contraste entre la simplicité visuelle – des lignes, des blocs, quelques ennemis – et la richesse des possibilités de mouvement donne au jeu une identité très forte. Chaque niveau ressemble à un casse-tête de parkour, où l’on doit anticiper l’arc de chaque saut et la trajectoire de chaque projectile.

Techniquement, N exploite Flash pour gérer une physique plus fine qu’il n’y paraît : friction, gravité, rebonds, impulsions. L’ensemble repose sur des calculs constants, que le moteur de Flash parvient à exécuter sans faille perceptible, même sur des machines modestes de l’époque. En combinant cette précision physique à un level design redoutable, N a posé les bases de bon nombre de platformers difficiles que l’on voit aujourd’hui sur PC et consoles. Pour beaucoup de joueurs, il a été la première expérience d’un jeu où la victoire repose sur la mémorisation, le timing parfait et la persévérance.

L’héritage technique des jeux flash : transition vers HTML5 et WebGL

Avec l’arrêt officiel d’Adobe Flash Player en 2020, la question de l’avenir des jeux PC Flash s’est posée avec acuité. Heureusement, la fin de la technologie ne signifie pas la disparition de son héritage. De nombreux concepts, outils et approches de design ont migré vers des technologies plus modernes, comme HTML5, JavaScript et WebGL. Ces standards ouverts offrent désormais des performances supérieures, une meilleure sécurité et une compatibilité native avec les navigateurs modernes, sans nécessiter de plugin externe.

HTML5, accompagné de la balise <canvas>, a notamment permis de recréer l’équivalent d’un « moteur Flash » directement dans le navigateur. Les bibliothèques JavaScript comme Phaser, PixiJS ou Three.js jouent un rôle similaire à celui d’ActionScript à l’époque, en fournissant des outils pour gérer les sprites, les collisions, l’animation et même la 3D. On retrouve ainsi dans les jeux HTML5 beaucoup de mécaniques popularisées par Flash : tower defense, plateformers rapides, idle games et RPG légers. Pour le joueur, l’expérience reste très proche : un clic, et le jeu se lance immédiatement dans l’onglet.

WebGL, de son côté, a ouvert la voie à des expériences 3D riches directement dans le navigateur, repoussant encore les limites du jeu en ligne. Là où Flash atteignait ses contraintes en termes de performances, WebGL exploite la puissance de la carte graphique pour afficher des environnements complexes. De nombreux développeurs issus de la scène Flash ont d’ailleurs migré vers ces technologies, emportant avec eux leur savoir-faire en matière de game design rapide et expérimental. Peut-on dire que la philosophie Flash vit toujours à travers ces nouveaux outils ? Tout porte à croire que oui.

Sur le plan industriel, la transition Flash → HTML5 a aussi entraîné une professionnalisation du browser gaming. Les jeux en ligne ne sont plus considérés comme de simples mini-jeux, mais comme des produits complets, monétisés via publicités, achats intégrés ou abonnements. Les plateformes spécialisées continuent d’exister, mais on voit aussi des jeux HTML5 intégrés dans des réseaux sociaux, des portails d’actualité ou même des messageries. L’héritage de Flash se manifeste ainsi dans la manière dont le jeu s’est banalisé comme contenu web à part entière.

Préservation numérique et émulation : flashpoint archive et ruffle player

La disparition officielle de Flash a soulevé un enjeu majeur : comment préserver des dizaines de milliers de jeux Flash cultes qui risquaient de devenir inaccessibles ? Contrairement aux jeux sur cartouche ou sur CD, ces productions étaient intimement liées à un plugin et à des sites parfois disparus. Sans effort de conservation, une partie entière de l’histoire du jeu vidéo aurait pu se volatiliser. Face à ce risque, des projets communautaires comme Flashpoint Archive et Ruffle Player ont émergé pour assurer la survie de ce patrimoine numérique.

Flashpoint Archive est sans doute l’initiative la plus ambitieuse en matière de préservation des jeux Flash. Il s’agit d’une collection hors ligne, téléchargeable, qui regroupe plus de 100 000 jeux et animations en Flash, Shockwave et autres technologies obsolètes. Le projet utilise un lanceur dédié et un système de « wrapper » pour exécuter ces contenus sans dépendre du plugin officiel d’Adobe. Pour les nostalgiques, c’est un peu comme posséder une bibliothèque virtuelle de salles d’arcade web, accessible à tout moment, même après la mort de la technologie d’origine.

Ruffle Player, de son côté, adopte une autre approche : l’émulation en temps réel du format SWF directement dans le navigateur, via WebAssembly et Rust. Plutôt que de s’appuyer sur Flash, Ruffle interprète le code ActionScript et restitue les animations, les jeux et les interfaces comme le ferait un émulateur de console. De nombreux sites l’intègrent déjà pour permettre la consultation d’anciens contenus Flash sans risquer de faille de sécurité. Pour les créateurs de l’époque, c’est une chance inespérée de voir leurs œuvres continuer à vivre et à être découvertes par de nouveaux joueurs.

Ces initiatives mettent en lumière un enjeu plus large : la préservation du jeu vidéo en ligne et des cultures numériques éphémères. Les jeux Flash n’étaient pas seulement des divertissements, ils ont aussi été un laboratoire d’idées, un vivier de talents et un reflet des pratiques culturelles d’une génération. En conservant ces œuvres, on conserve aussi une mémoire des débuts du web interactif et de la créativité amateur. Vous avez envie de rejouer à vos anciens favoris ou de découvrir des pépites oubliées ? Grâce à Flashpoint, Ruffle et d’autres projets similaires, cette plongée dans l’histoire des jeux PC Flash reste possible, bien au-delà de la fin d’Adobe Flash Player.